Il y a une violence silencieuse dans les jours d'anniversaire. Ce n'est pas qu'une histoire de gâteau, de sourires polis ou de messages empilés sur un écran. C'est le seul jour de l'année où le temps, d'ordinaire si discret, s'arrête net pour nous dévisager. Il nous attrape par le col et nous plante devant le miroir.
Le vertige s'installe exactement là : dans ce décalage brutal entre la fête qu'on attend de nous et le grand silence intérieur. On se réunit pour célébrer notre propre mortalité en enrobant le temps qui passe dans du papier cadeau. On cherche sur notre visage la trace de la personne qu'on était censé devenir, la sagesse absolue qu'on nous avait promise, pour finalement réaliser qu'on improvise toujours autant. La véritable nausée existentielle, c'est cette sensation troublante d'être un passager clandestin dans sa propre évolution.
Pourtant, sous cette absurdité magnifique, il y a une victoire têtue. Survivre une année de plus sans éteindre son cœur, sans s'habituer à l'inacceptable, c'est le plus grand des actes de résistance. Continuer à chercher du sens, à douter, à écrire et à aimer dans un monde qui marche à l'envers, c'est la preuve absolue que notre âme refuse d'être anesthésiée.
Aujourd'hui, je ne célèbre pas un chiffre. Les nombres n'appartiennent qu'à l'administration. Je célèbre ce feu intime qui refuse de s'éteindre. Je lève mon verre à ce vertige majestueux d'être en vie, et au courage joyeux qu'il faut pour continuer d'avancer sans jamais connaître la destination.
Ben_bash_bir