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Le vertige de l'autre

Réflexion sur la solitude intérieure

Regardez attentivement la personne qui partage votre vie, votre meilleur ami ou même vos propres parents. Vous connaissez leurs rires, leurs habitudes, leurs cicatrices. Mais parfois, au milieu d'une conversation banale, une pensée s'invite et fige le temps : vous ne saurez jamais ce qui se passe réellement dans leur tête.

C'est le vertige de l'altérité. La réalisation brutale de notre solitude fondamentale. Chacun de nous est enfermé dans la prison de son propre crâne. Nous pouvons construire des ponts de mots, des étreintes et des regards pour tenter de nous rejoindre, mais la fusion totale des âmes est une illusion. L'autre restera toujours, même après vingt ans, un continent partiellement inexploré.

Cette nausée de l'isolement peut faire peur. Mais en réalité, c'est le fondement même de la beauté des relations humaines. Si l'on pouvait lire l'autre comme un livre ouvert, il n'y aurait plus d'altérité, plus de mystère, plus de désir.

Acceptez de ne jamais posséder totalement ceux que vous aimez. Aimez-les justement pour cette part de mystère indéchiffrable qui leur appartient en propre. La vraie rencontre, c'est de poser sa chaise au bord du ravin qui nous sépare, et de discuter avec la rive d'en face.

Ben_bash_bir