Ça commence souvent par un message inattendu. Un « Salut, comment tu vas ? » qui fait plaisir l'espace d'une seconde, avant que la vraie question ne tombe juste après : « Dis, tu aurais un petit moment pour m'aider avec... ? ». On a tous déjà ressenti cette petite piqûre. Cette drôle d'impression de ne plus être une personne à part entière, mais un simple outil dans la boîte à malices de quelqu'un d'autre.
Aujourd'hui, c'est comme si on avait remplacé le verbe "rencontrer" par "réseauter". Les carnets d'adresses ressemblent de plus en plus à des supermarchés où l'on vient se servir. On y prend un peu de ton temps, on y pioche dans ton énergie, on te demande un contact. Tant que tes rayons sont pleins et que tu dis oui à tout, tu es très entouré. Mais osez fermer boutique un instant. Osez dire « non, je suis épuisé aujourd'hui », et regardez la salle se vider. Le silence qui suit est souvent assourdissant.
C'est la violence discrète des relations jetables. On signe sans le savoir des contrats invisibles avec des gens qui ne sont là que tant que le soleil brille et que vous êtes utile. Ça fait mal de réaliser qu'on n'était qu'une simple marche sur l'escalier d'une autre personne.
Mais avec le temps, on finit par comprendre que cette déception est en réalité un cadeau. Elle agit comme un tamis. Elle laisse filer le sable pour ne garder au fond que les pépites. Et quelles pépites ! Ce sont ces personnes rares et précieuses qui poussent votre porte juste pour savoir si vous allez bien. Celles avec qui on peut s'asseoir, les mains complètement vides, sans rien avoir à offrir d'autre que notre simple présence.
Gardez ces gens-là tout près de vous. Les autres ne faisaient que passer.
Ben_bash_bir