Le réveil sonne à la même heure. Vous prenez la même tasse pour boire le même café. Vous empruntez le même trajet pour voir les mêmes personnes. Les jours se fondent dans une pâte grise et uniforme, au point que si on vous demande ce que vous faisiez mardi dernier, vous êtes incapable de vous en souvenir.
C'est l'un des déclencheurs les plus féroces de la nausée existentielle : prendre conscience de la boucle. Réaliser que l'on ne vit plus, mais que l'on se contente d'être transporté d'un point A à un point B par le puissant moteur de l'habitude.
La routine est un sédatif redoutable. Elle nous rassure parce qu'elle élimine l'imprévu, mais en tuant l'imprévu, elle tue aussi l'éclat de la vie. On devient les fantômes de notre propre existence, glissant sur les jours sans plus jamais les goûter.
Faites un pas de côté. Demain, changez de chemin. Parlez à un inconnu. Lisez un livre qui n'est pas de votre genre. Briser la boucle, même par un détail minuscule, c'est envoyer un signal de détresse à son âme pour lui dire : « Réveille-toi, nous sommes encore vivants. »
Ben_bash_bir