C'est une tentation universelle face à la nausée du quotidien : l'envie de tout plaquer. On se convainc que si l'on changeait de ville, de travail, ou de partenaire, tout ce poids invisible sur nos épaules s'envolerait. On s'imagine qu'un nouveau décor effacera comme par magie nos vieilles angoisses.
Alors, on fait ses valises. On s'installe ailleurs, on peint les murs d'une autre couleur. Les premières semaines sont enivrantes. L'illusion fonctionne à merveille. Puis, un matin, on boit un café face à une nouvelle fenêtre, dans une nouvelle ville, et le vertige revient. Intact. Identique.
C'est la tragédie de la fuite géographique : on peut changer de continent, on emmène toujours sa propre tête avec soi. Le vide que l'on ressent n'est pas causé par les murs de notre appartement, il est sculpté au burin à l'intérieur de nous-mêmes.
Il ne sert à rien de courir jusqu'au bout du monde pour se fuir. Le seul voyage qui vaille vraiment la peine, la seule exploration qui puisse calmer cette nausée, c'est d'avoir enfin le courage de s'asseoir, de fermer les yeux, et de faire face à soi-même.
Ben_bash_bir