C’est quand même une drôle d’aventure, cette histoire de croire en quelque chose. On a tous eu, un jour ou l'autre, cette petite flamme dans le ventre qui refuse de s’éteindre. C’est une sensation bizarre : on ne sait pas trop pourquoi, mais on « sent » que c’est là, quelque part, qui nous attend. Alors on s’y accroche comme un naufragé à sa bouée, avec une intensité qui nous dévore un peu. On y pense en se brossant les dents, on en rêve la nuit, et on finit par voir des signes partout, même dans la forme des nuages ou dans le marc de café.
Le problème, c’est qu’on finit souvent par devenir un peu ridicules à force de vouloir forcer le destin. On ressemble à ces gens qui appuient dix fois de suite sur le bouton de l’ascenseur en pensant qu’il va descendre plus vite. On surveille la porte, on guette le facteur, on stresse au moindre coup de fil. On est tellement tendus qu’on finit par avoir l’air d’un ressort prêt à sauter au visage du premier venu. On veut tout contrôler, tout prévoir, comme si la vie était une machine où il suffit de taper le bon code pour obtenir ce qu'on veut.
Et puis, il faut bien le dire, ça ne marche pas à tous les coups. Ce n’est pas parce qu’on y croit très fort que le miracle tombe du ciel comme par magie. Parfois, on se donne un mal de chien, on y met toutes ses tripes, et... rien du tout. Le silence radio. C’est là que ça fait mal, parce qu’on tombe de haut. On se sent un peu bête avec notre espoir sous le bras, comme si on avait parié tout son argent sur un cheval qui n’a même pas pris le départ de la course. La vie, c’est aussi ça : des portes qui restent fermées malgré tous nos coups de pied.
Mais le plus incroyable, c’est ce qui se passe quand on finit par lâcher l’affaire. Un jour, on est juste trop fatigués de porter ce rêve à bout de bras. On se dit : « Allez, j’en ai marre, je laisse tomber, je vais me faire des pâtes et regarder un film débile. » On arrête de regarder la montre, on arrête de fixer la serrure. On accepte enfin que, peut-être, ça n’arrivera jamais. On respire un grand coup, et on s'occupe d'autre chose, comme de changer une ampoule ou de ranger ses chaussettes.
Et c’est précisément là, au moment où on a les mains pleines de poussière et la tête ailleurs, que le destin décide de frapper à la porte. C’est un peu comme chercher ses clés partout pendant une heure : on s’énerve, on vide son sac, on finit par s'asseoir pour pleurer... et c'est là qu'on voit qu'elles étaient posées juste là, sous notre nez. C’est rageant et magnifique à la fois.
Au fond, croire intensément, ce n'est peut-être pas une commande qu'on passe à l'univers. C'est juste une façon de garder les yeux ouverts. Même si ça ne marche pas toujours, cette force nous permet de rester debout. Et quand la surprise arrive enfin, alors qu'on ne l'attendait plus du tout, elle a un goût bien plus savoureux. C’est un peu la récompense de celui qui a su tenir bon, puis qui a eu l'élégance de regarder ailleurs pour laisser la magie faire son travail sur la pointe des pieds.