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Ce vide qui nous suit, même quand on n'est plus seul

Avez-vous déjà remarqué ce petit pincement au cœur qui revient, pile au moment où vous pensiez avoir enfin tout ce qu'il vous faut ?

On passe parfois des jours, des mois, à attendre quelqu'un. On se dit : « Si seulement cette personne était là, assise juste à côté de moi, ce vide s'arrêterait enfin de creuser. » On attend ce moment comme si c'était le bout du chemin, l'endroit où on pourra enfin poser ses bagages et souffler.

L'illusion de la destination

Puis, un jour, la porte s’ouvre. La personne est là. On s’assoit ensemble, on se regarde, on partage un moment. C’est exactement ce qu'on a voulu. On devrait se sentir plein, comme un verre d'eau rempli jusqu'au bord.

Pourtant, c’est souvent là que quelque chose d'étrange se passe.

Au milieu de cette joie, on sent comme un petit courant d'air. Le vide n'est plus à la même place, mais il est toujours là. On commence à vouloir qu’elle nous comprenne encore mieux, on imagine un autre voyage, ou une nouvelle envie pointe le bout de son nez sans prévenir. On a obtenu ce qu'on cherchait, et pourtant, nos yeux regardent déjà un peu plus loin, vers l'horizon suivant.

Le signe d'une marche continue

On pourrait se dire qu'on ne sait pas apprécier ce qu'on a. On se sent parfois un peu coupable de ne pas être enfin totalement « tranquille ».

Mais si ce vide qui se déplace n'était pas un défaut ? Si ce n'était pas un manque de reconnaissance, mais simplement le signe que nous sommes des êtres qui ne s'arrêtent jamais de marcher ? On croit que l'autre est une destination finale, alors qu’il est peut-être juste un nouveau paysage sur une route qui continue.

Pourquoi est-ce qu'au moment même où l'on tient ce que l'on aimait tant, une autre soif commence déjà à naître ? C’est une question qui reste là, posée entre nous, comme une porte restée entrouverte.
BEN BASH BIR