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Le complot des voisins

Avez-vous déjà regardé par la fenêtre le soir, observant les lumières allumées chez les autres ? On aperçoit des silhouettes qui s'affairent, on devine des salons bien rangés, on entend des rires étouffés. Et presque instantanément, une petite voix perfide dans notre tête murmure : « Eux, ils ont tout compris à la vie. Eux, ils n'ont pas mes problèmes. »

C'est ce que j'appelle le grand complot des voisins. On compare en permanence notre arrière-boutique désordonnée à la vitrine étincelante de ceux qui nous entourent. On regarde leurs photos de vacances, leurs sourires sur les réseaux, l'assurance avec laquelle ils marchent, et on se sent terriblement inadéquat.

Mais la plus grande tragédie comique de cette histoire, c'est que ce voisin que vous idéalisez tant est probablement en train de regarder vers votre fenêtre avec exactement la même angoisse. Il vous voit sortir de chez vous le matin, l'air décidé, et il se dit que vous, vous savez où vous allez. Nous sommes tous prisonniers d'une immense prise d'otages collective où chacun cache ses faiblesses par peur de l'autre.

Imaginez un instant le soulagement général si, d'un coup, on baissait tous les armes. Si on s'avouait mutuellement qu'on navigue tous à vue, qu'on bricole, qu'on doute et qu'on a parfois peur de l'avenir. En cessant de croire que l'herbe est plus verte ailleurs, on réaliserait enfin que le voisin passe juste ses dimanches à la peindre.