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La course vers nulle part

Mettez-vous au coin d'une rue passante et observez. Tout le monde court. Les gens marchent vite, regardent leur montre, tapent frénétiquement sur leur téléphone. L'air est saturé d'une urgence permanente. Si vous marchez lentement, vous avez l'impression de gêner le trafic de l'humanité.

Alors, par pur instinct de survie sociale, on se met à courir nous aussi. On veut montrer à l'univers qu'on est occupé, parce qu'être occupé, dans notre monde, c'est la preuve qu'on est important. Une vitrine où il ne se passe rien est une vitrine qui fait peur.

Mais si on s'arrêtait un instant sur le bas-côté pour attraper le bras d'un de ces coureurs et lui demander : « Pardon, mais après quoi courez-vous exactement ? » La plupart seraient bien incapables de répondre. On s'agite pour fuir l'angoisse du vide. On court si vite vers l'avenir qu'on en oublie totalement d'habiter le présent.