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Le piège des compliments

C'est agréable de recevoir un compliment, ne nous mentons pas. Quand quelqu'un salue notre réussite, notre courage face aux épreuves ou simplement notre ténacité, ça fait un bien fou. C'est comme une petite tape amicale dans le dos qui nous dit : « Bravo, tu tiens le coup ».

Mais si on prend le temps d'y regarder de plus près, ces éloges sont parfois les barreaux les plus solides et les plus discrets de notre prison sociale. Chaque fois que le monde applaudit notre vitrine, il nous impose, sans le savoir, une pression monumentale : celle de rester impeccables, quoi qu'il en coûte.

Si tout le monde me croit invincible, comment puis-je avouer un matin que je suis épuisé et que je veux tout lâcher ? Si tout le monde me trouve inspirant, comment oser dire que je marche à tâtons dans le noir, sans aucune certitude ? Les compliments ont cette fâcheuse tendance à nous figer dans un rôle de marbre. On finit par passer un temps fou à entretenir la statue que les autres ont construite de nous, plutôt qu'à vivre notre vraie vie, faite de chair, de doutes et de failles.

Le soulagement profond ne vient jamais du fait d'être admiré sur un piédestal. Il vient du jour où l'on rencontre quelqu'un face à qui on peut enfin ouvrir l'arrière-boutique, étaler tout notre désordre intérieur, et s'entendre dire : « C'est bon, tu peux te reposer. Je vois tes fissures, et je reste là. »